Rapport d'impact
Rapport

Rapport d'impact

2020 – 2025

30 juin 2026

À propos d'Index

Aperçu de la soirée de soutien à Index, organisée au Point Éphémère (Paris), le 12 mars 2026.

Index est une ONG d'investigation indépendante, à but non lucratif, fondée en France en 2020. Elle réunit des journalistes, chercheur·euses, vidéastes, architectes et autres expert·es autour d'une même mission : utiliser les technologies du numérique pour établir la vérité et demander justice dans des affaires d'intérêt public.

Index enquête principalement sur des faits allégués de violence, d'atteintes aux libertés fondamentales ou aux droits humains, avec une attention particulière portée aux violences policières. Parmi ses enquêtes de référence, on compte celles sur la mort d'Adama Traoré, de Nahel Merzouk, de Zineb Redouane, ou encore sur la photographie de « la petite fille au napalm ».

À la fois cabinet d'expertise indépendante, média d'investigation et laboratoire de recherche en investigation numérique, Index intervient partout où son savoir-faire peut avoir un impact concret. Ses enquêtes sont publiées en partenariat avec des médias internationaux réputés et ses rapports d'expertise sont régulièrement versés au dossier judiciaire des affaires concernées.

Issue du travail pionnier de l'agence londonienne Forensic Architecture et membre du réseau international Investigative Commons, Index œuvre également à diffuser les méthodes de l'investigation numérique au sein de la société civile, à travers des ateliers de formation et des interventions publiques.

Index est la seule organisation en France à proposer des services d'expertise indépendante en investigation numérique accessibles à toutes les victimes d'abus de pouvoir, dans une démarche d'intérêt public.

Édito : Cinq ans d'impact sur tous les fronts

« Une » de Libération sur l'éborgnement d'Adnane Nassih (2021)
L'analyse audio d'Index dans l'affaire Nahel, reprise au JT de 20H de France 2 (2023)
Article du Parisien sur la condamnation des deux policiers de la BAC de Stains (2024)
Deux policiers condamnés pour leurs tirs sur Nordine A. et Merryl B., la reconstitution 3D d'Index ayant joué un rôle déterminant à l'audience (2024)
L'analyse forensique d'Index au cœur du documentaire The Stringer, diffusé sur Netflix (2025)
Conférence « Witnessing Beyond Imaging », transmediale, Berlin (2023)
Atelier d'initiation à l'enquête par l'image, centre d'art Triangle-Astérides, Marseille (2025)
Couverture d'Éclairages, édité et publié par Index (2025)
« Éclairages : 12 d'entretiens et analyses sur les violences d'État », édité et publié par Index (2025)

Entre ses débuts en 2020 et la fin de l'année 2025, l'ONG Index a publié 23 enquêtes et ses rapports ont été versés au dossier de 20 procédures judiciaires. De ces chiffres résulte un impact concret : nos travaux ont permis la réouverture d'enquêtes classées, l'ordonnance de nouvelles expertises par des juges d'instruction, la libération de personnes accusées à tort, et contribué à ce que des policiers mis en cause pour violences soient mis en examen, renvoyés devant des tribunaux ou condamnés.

En parallèle, nos vidéos de reconstitution ont circulé dans toutes les arènes publiques où se négocient la vérité et la justice. Elles ont été publiées dans les pages du Monde, de Libération, de Disclose, de Rolling Stone ou d'Il Manifesto, ainsi que largement relayées par d'autres médias indépendants et sur les réseaux sociaux. Elles ont été projetées dans des salles d'audience et versées au dossier de procédures où la parole des victimes est systématiquement mise en doute. Présentées par notre équipe, elles ont servi de support à des débats dans des salles de classe, des amphithéâtres ou des locaux de collectifs de terrain. L'une d'entre elles est au cœur d'un documentaire diffusé sur Netflix, qui a conduit le World Press Photo à suspendre l'attribution de « la petite fille au napalm » — l'une des images les plus célèbres de l'histoire de la photographie.

À l'heure où la circulation massive des images et des informations brouille les capacités à distinguer le vrai du faux, le risque est celui d'une résignation généralisée face à l'indécidabilité des faits.

Ces résultats tiennent à ce qui fait la singularité d'Index : nous ne sommes pas seulement un média, ni seulement un cabinet d'expertise, ni seulement un laboratoire de recherche en investigation numérique. Nous sommes les trois à la fois — et c'est cette hybridité qui démultiplie notre impact. Quand nous publions une enquête dans la presse, elle est simultanément déposée au tribunal. Quand nous reconstituons un incident controversé en 3D, notre modélisation sert à la fois aux journalistes, aux avocat·es et au débat public. Quand nous formons des étudiant·es ou des militant·es, nous leur transmettons des outils forgés dans l'urgence d'affaires réelles.

Car le contexte l'exige : à l'heure où la circulation massive des images et des informations brouille les capacités à distinguer le vrai du faux, où la confiance envers les autorités traditionnelles en matière de vérité se délite, le risque est celui d'une résignation généralisée face à l'indécidabilité des faits. Y résister nécessite d'intervenir sur tous les fronts, dans toutes les arènes, pour y produire des analyses rigoureuses, des conclusions vérifiables, sans compromis. C'est ce à quoi Index s'emploie depuis ses débuts.

Derrière ce bilan, Index reste une petite structure aux moyens limités. Les affaires sur lesquelles nous intervenons sont le résultat d'arbitrages parfois difficiles entre des sollicitations multiples, là où nos méthodes d'investigation numérique ont la possibilité de faire la différence. Les mots des familles que nous accompagnons, qui ouvrent ce rapport, le disent mieux que tout bilan chiffré : notre impact le plus important se mesure dans la capacité de nos travaux à faire avancer, parfois de manière déterminante, des combats singuliers pour la vérité et la justice.

Ce que nous avons accompli en cinq ans, nous l'avons fait grâce au soutien de plus de 1 200 donateur·rices, de fondations engagées et de partenaires qui croient en notre mission. Les pages qui suivent sont un compte rendu de cet effort collectif. Face aux défis qui s'annoncent — un brouillard informationnel toujours plus dense auquel se conjugue un glissement mondial vers l'autoritarisme —, l'action des organes d'enquête indépendante comme Index se fait chaque jour plus nécessaire et plus urgente. Ces pages permettent aussi d'imaginer ce que nous pourrions accomplir avec des moyens élargis.

Approche verticale de l'impact

Les médias et les ONG mesurent généralement leur impact en termes de volume de reprises presse, de relais institutionnels, de résonance dans le champ public — une approche que l'on pourrait qualifier d'horizontale. Index lui préfère une approche verticale de l'impact : nous concentrons nos ressources, de manière durable, sur un nombre limité de cas, choisis pour le potentiel de transformation qu'offre notre expertise sur l'issue d'une procédure, sur la compréhension publique des faits, sur la capacité des personnes concernées à faire valoir leurs droits.

Le cas comme prisme

Notre méthode, héritée de Forensic Architecture et forgée par l'expérience, repose sur un principe : un cas singulier, minutieusement reconstitué dans toute sa complexité, rend saisissable un problème structurel que la statistique ou le survol laissent abstrait.

Les drames de personnes exilées noyées en tentant de traverser la Manche font régulièrement l'objet de brèves dans la presse, sans que l'attention publique ne s'y arrête durablement. Quand Index reconstitue en 3D la nuit de la mort de Jumaa al-Hasan, exilé syrien de 27 ans, en recueillant les témoignages de ceux qui étaient là, en montrant les responsabilités précises de la police en intervention ce soir-là — le problème structurel des violences aux frontières devient concret, visible, et inacceptable. L'AFP reprend l'enquête, une plainte est déposée, le parquet ouvre une information judiciaire et saisit l'IGPN.

Chaque enquête d'Index fonctionne ainsi : le cas individuel, parce qu'il restitue la texture du réel, devient un prisme à travers lequel une dynamique plus large peut être vue, comprise et saisie de manière bien plus claire que par un angle statistique ou surplombant. La mort de Nahel Merzouk est le prisme de la question des « refus d'obtempérer » et de l'usage létal des armes par la police. La photographie « Napalm Girl » est le prisme de la confiscation de l'histoire du Vietnam aux Vietnamiens par le système médiatique occidental. Les morts de Saint-Louis en Kanaky/Nouvelle-Calédonie sont le prisme d'un recours régulier aux moyens d'exception dans les territoires d'outre-mer.

La concentration sur le point critique

Avec une petite équipe et un budget modeste, Index ne peut pas couvrir large. Ce n'est d'ailleurs pas notre ambition. Nous concentrons nos ressources sur un point critique : le lieu exact où notre expertise en investigation numérique peut faire basculer la compréhension des faits.

Cette concentration n'est pas une contrainte subie mais une stratégie. Si nous parvenons à changer le cours d'une affaire, sa compréhension publique, son issue judiciaire — alors ce résultat devient une lueur d'espoir concrète pour toutes les situations comparables. Quand deux agents de la BAC de Stains sont condamnés pour des violences par arme à feu dans le cadre d'un « refus d'obtempérer » — comme c'est arrivé le 7 novembre 2024 au tribunal de Bobigny —, c'est une digue qui saute. Cela montre que la contre-expertise indépendante peut tenir tête aux mécanismes institutionnels qui ont tendance à garantir l'impunité des forces de l'ordre. Une seule décision change le champ des possibles pour toutes les familles engagées dans des combats similaires.

C'est en cela que notre impact est transformateur : chaque résultat concret — une condamnation, une mise en examen, l'effondrement d'une version officielle, la libération d'un accusé à tort — agit comme un catalyseur de changement en profondeur, bien au-delà du cas individuel.

Ancrage local, perspective globale

La stratégie d'Index, c'est de localiser et pérenniser en France les méthodes de l'investigation numérique, et de les déployer au sein d'un réseau d'acteurs mobilisés existants — comités de familles de victimes, collectifs de terrain, avocat·es, médias, ONG — avec qui nous construisons des relations sur le long terme.

Cet ancrage local n'empêche pas une portée internationale — il la nourrit. Chacun de nos cas français résonne avec des situations similaires partout dans le monde : violences policières, abus de pouvoir d'État, effacement des victimes. Issue de Forensic Architecture et membre du réseau Investigative Commons, Index s'inscrit dans une solidarité par-delà les frontières et projette ses méthodes dans d'autres contextes quand l'occasion se présente : en Kanaky/Nouvelle-Calédonie, en Italie, en Palestine occupée, aux États-Unis… L'enquête sur la photographie « Napalm Girl », au cœur d'un documentaire diffusé dans le monde entier sur Netflix, a considérablement accéléré cette reconnaissance internationale.

Notre impact en chiffres

Comment Index mesure son impact

En complément de l'approche verticale et qualitative de l'impact décrite plus haut, nous documentons systématiquement les répercussions concrètes de nos enquêtes dans une base de données. Chaque répercussion est une trace vérifiable des effets de notre action dans le monde réel : un rapport versé au dossier d'une procédure, une reprise dans la presse, une présentation en conférence, une citation dans un rapport officiel. Les plus remarquables de ces répercussions sont signalées par l'étiquette Majeur.

Nous classons ces répercussions en quatre catégories : judiciaire (versement au dossier, ordonnance d'expertise, décision de justice…), médiatique (reprises presse, relais sur les réseaux sociaux…), public (entretiens, conférences, formations…) et institutionnel (citations dans des rapports officiels ou des décisions…). Nous ajoutons au décompte les témoignages que nous livrent les personnes qui ont bénéficié du travail d'Index.

Critère de comptabilisation dans le cadre judiciaire : nous ne comptabilisons comme répercussion du travail d'Index que les développements judiciaires qui n'auraient pas eu lieu sans notre intervention. Le critère n'est pas nécessairement d'être cité dans un procès-verbal ou un arrêt du tribunal, mais de pouvoir retracer un lien causal entre notre travail et la décision en question. Lorsque ce lien ne peut être établi, nous documentons le développement dans le récit de l'enquête, ou lui dédions une publication de la rubrique Veille, sans le comptabiliser dans l'impact d'Index.

Certaines de nos interventions concernent des procédures couvertes par le secret de l'instruction, dont les détails ne peuvent être divulgués. Ces impacts sont comptabilisés dans nos totaux et figurent dans la base de données publique sous une forme masquée, identifiés par l'étiquette Secret.

Ce suivi quantitatif est un outil de transparence et de redevabilité. Il ne prétend pas à lui seul rendre compte de notre impact, dont la nature transformatrice se mesure avant tout dans le récit de chaque enquête présenté dans le rapport d'impact.

Cette démarche s'inspire du travail pionnier de nos partenaires de Disclose, dont le rapport d'impact annuel et le guide du journalisme d'impact (réalisé avec Rembobine) ont constitué nos principales références méthodologiques.

Autres indicateurs :

  • 1 200 Donateur·rices individuel·les
  • 36 000 Abonné·es cumulés sur nos plateformes de diffusion
  • 5 000 000 Vues cumulées sur nos enquêtes vidéo
  • 150 Participant·es aux ateliers de formation d'Index

L'impact de nos enquêtes

Une sélection de sept enquêtes à l'impact majeur, dont nous retraçons ici le parcours — de la contre-enquête initiale à ses répercussions concrètes.

La mort de Zineb Redouane

Le 1er décembre 2018, en marge d'une manifestation des Gilets jaunes à Marseille, Zineb Redouane, 80 ans, est mortellement blessée au visage par une grenade lacrymogène tirée au fusil Cougar alors qu'elle se tient à la fenêtre de son appartement. L'enquête judiciaire, confiée à l'IGPN, est rapidement marquée par de graves dysfonctionnements : pièces égarées, absence d'identification du tireur, refus d'investigation sur les conditions du tir.

Menée au sein de Forensic Architecture et publiée avec Disclose, l'enquête d'Index mobilise l'ensemble des images disponibles — captations vidéo amateurs, images de presse, caméras de surveillance — pour reconstituer précisément la trajectoire du tir et sa séquence temporelle. Là où l'expertise officielle dédouanait le tireur, l'analyse d'Index établit l'inverse : les conditions du tir le rendent non conforme et dangereux.

Les conclusions pèsent immédiatement sur la procédure. À l'été 2021, l'IGPN cite l'enquête d'Index dans son rapport où elle identifie formellement l'auteur du tir — un CRS — et recommande la tenue d'un conseil de discipline. La mise en examen du policier pour « homicide involontaire » intervient le 28 novembre 2024, soit six ans après les faits : un résultat directement lié à la pression maintenue par la contre-expertise publique.

Avec l'enquête sur la mort d'Adama Traoré menée la même année, la reconstitution du tir mortel de Zineb Redouane est l'une des deux enquêtes fondatrices qui ont conduit à l'établissement d'Index comme organisation autonome basée en France. Elle démontre la capacité de l'investigation numérique indépendante à rouvrir des dossiers figés et à pousser la justice à agir — là où elle s'était jusque-là dérobée.

L'impact en un coup d'œil

  • Médiatique — Publication avec Disclose relayée par une dépêche AFP, très large reprise nationale.

  • Judiciaire — Contre-enquête d'Index citée dans le rapport de l'IGPN recommandant des sanctions disciplinaires contre l'auteur du tir (2021). Mise en examen du policier pour homicide involontaire (nov. 2024).

  • Portée — Première démonstration que la contre-expertise d'Index peut débloquer une procédure bloquée par les dysfonctionnements de l'enquête officielle.

L'éborgnement d'Adnane Nassih

Le 22 février 2020, à Brunoy, Adnane Nassih, 19 ans, est éborgné par un tir de LBD40 lors d'une opération de police dans le quartier des Hautes-Mardelles. L'instruction judiciaire repose initialement sur la version du policier mis en cause, qui affirme avoir tiré en situation de riposte. Les images disponibles, peu analysées, racontent une toute autre histoire.

L'enquête d'Index, publiée en partenariat avec Libération en mai 2021, reprend l'ensemble des séquences vidéo documentant les minutes qui précèdent le tir. La reconstitution établit qu'au moment où le policier fait feu, Adnane Nassih s'éloigne de lui et lui tourne le dos. Aucun élément ne permet de justifier l'usage de l'arme. Le cadre légal d'emploi du LBD — qui impose la proportionnalité et la nécessité immédiate — n'est pas respecté.

Publiée en « une » d'un quotidien national, l'enquête obtient une visibilité inédite pour un cas de mutilation policière. Elle marque une reconnaissance éditoriale pour Index, et ouvre la porte à d'autres collaborations avec la presse de référence.

En janvier 2025, le policier est renvoyé devant la cour criminelle pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente par personne dépositaire de l'autorité publique » — un crime passible de quinze ans de réclusion criminelle. Un tel renvoi devant une cour criminelle, rare pour un tir de LBD, signale que la contre-expertise vidéo peut peser sur la qualification pénale des faits — pas seulement sur la reconnaissance de leur réalité.

Le cas d'Adnane Nassih s'inscrit dans une série d'enquêtes d'Index sur les armes du maintien de l'ordre (Rodrigues, Lognonne, Pontonnier), formant un ensemble cohérent sur un usage français de la force qui fait exception en Europe.

L'impact en un coup d'œil

  • Médiatique — Une de Libération : première pour Index. Affaire reprise en podcast par « Affaires sensibles » (France Inter, 55 min, janvier 2022).
  • Judiciaire — Renvoi du policier devant la cour criminelle (janvier 2025) — crime passible de 15 ans de réclusion.
  • Portée — Démontre qu'un tir de LBD injustifié peut conduire à un procès criminel pour son auteur.

Les tirs de la BAC à Stains

Dans la nuit du 15 au 16 août 2021, à Stains, des agents de la Brigade anti-criminalité ouvrent le feu à huit reprises en six secondes sur le véhicule dans lequel se trouvent Nordine A. et Merryl B. Le premier est grièvement blessé ; la seconde, touchée au dos, perd l'enfant qu'elle porte. Les policiers invoquent la légitime défense face à un « refus d'obtempérer ».

L'enquête d'Index, publiée en octobre 2022 avec StreetPress et Le Bondy Blog, reconstitue la scène en trois dimensions à partir des images captées au smartphone par un témoin. La modélisation permet de situer précisément la position de chaque policier par rapport à la trajectoire du véhicule au moment où les tirs partent. Résultat sans ambiguïté : aucun agent ne se trouve sur la trajectoire de la voiture. Les conditions légales de la légitime défense — péril imminent et proportionnalité — ne sont pas réunies.

Versée au dossier, la reconstitution 3D contribue au renvoi des policiers auteurs des tirs devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Lors de leur procès, la vidéo d'Index est projetée à l'audience et sert de support aux débats contradictoires. Elle permet au tribunal de saisir, image après image, l'impossibilité matérielle de la version policière. Le 7 novembre 2024, les deux policiers sont condamnés à quatre ans de prison avec sursis et à une interdiction définitive d'exercer dans la police nationale.

Cette décision est exceptionnelle. En France, les condamnations pour violences policières par arme à feu dans le cadre d'un « refus d'obtempérer » se comptent sur les doigts d'une main. Le jugement de Stains fissure une digue : il établit qu'une reconstitution numérique indépendante peut peser, à elle seule, sur l'issue pénale d'une affaire de tir policier. Pour les familles engagées dans des procédures comparables, c'est un précédent décisif.

L'impact en un coup d'œil

  • Médiatique — Publication de l'enquête avec un réseau de médias indépendants : StreetPress, Le Bondy Blog, Politis
  • Judiciaire — Enquête projetée en audience et support des débats contradictoires. Condamnation des deux policiers à 4 ans avec sursis + interdiction définitive d'exercer (novembre 2024).
  • Portée — Rare condamnation en France pour tirs policiers dans un « refus d'obtempérer ». Précédent jurisprudentiel significatif.

L'homicide de Nahel Merzouk

Le 27 juin 2023 au matin, à Nanterre, Nahel Merzouk, 17 ans, est tué d'une balle dans le thorax par un policier lors d'un contrôle routier, après un refus d'obtempérer. Filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, la scène embrase le pays et déclenche plusieurs nuits d'émeutes. Mais la vidéo des faits, partielle, laisse place au débat : le tireur affirme avoir agi en état de légitime défense, risquant d'être écrasé par le véhicule.

Index intervient dès les jours qui suivent avec une première analyse audio des dialogues audibles dans la vidéo (avec l'ONG Earshot). Celle-ci est rapidement reprise, mais détournée, au JT de 20h de France 2. Puis, le 27 juin 2024, pour le premier anniversaire de la mort de Nahel, Index publie avec Blast une reconstitution 3D complète des faits.

En croisant l'ensemble des sources disponibles — dont des images de vidéosurveillance inédites — cette reconstitution révèle au public ce que la seule vidéo des réseaux sociaux ne montrait pas : au moment du redémarrage, le véhicule de Nahel s'écarte du trottoir, contredisant la version policière selon laquelle le tireur risquait d'être écrasé contre le muret situé derrière lui. Elle reconstitue également la position précise de Nahel Merzouk dans l'habitacle au moment où le tir à travers le pare-brise l'atteint au thorax. La vidéo, d'une durée de 16 min, est versée au dossier de l'affaire par les avocats de la famille de Nahel.

Le 3 juin 2025, les juges d'instruction écartent la légitime défense et renvoient le policier devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine pour meurtre — une décision exceptionnelle dans l'histoire des violences policières en France. L'accusé a fait appel ; le procès, initialement prévu pour 2026, pourrait avoir lieu en 2027.

L'impact en un coup d'œil

  • Médiatique — Reconstitution 3D / vidéo complète publiée avec Blast (juin 2024), à partir d'images de vidéosurveillance inédites.
  • Judiciaire — Vidéo versée au dossier. Renvoi du policier devant la cour d'assises pour meurtre, la légitime défense écartée (juin 2025) — une décision sans précédent. Procès attendu en 2027.
  • Portée — Une contre-enquête qui établit publiquement, sources à l'appui, ce que la vidéo virale ne montrait pas et que la version policière occultait, sur une affaire de violences policières au retentissement national et international.

La mort par noyade de Jumaa al-Hasan

Dans la nuit du 2 au 3 mars 2024, sur la plage de Gravelines, Jumaa al-Hasan, exilé syrien de 27 ans, se noie alors qu'il tente de rejoindre une embarcation pour traverser la Manche. Ces noyades, presque quotidiennes à la frontière franco-britannique, dépassent rarement le stade de la brève.

L'enquête d'Index, en collaboration avec Liminal et Hors-Cadre, publiée en juillet 2025 avec Disclose et The New Arab, rompt ce schéma. En recueillant les témoignages de ceux qui étaient présents cette nuit-là et en croisant les images disponibles, elle reconstitue en 3D la séquence des faits. Le dispositif policier et l'action des agents sont reconstruits minute par minute. La reconstitution met en lumière la responsabilité directe de la police dans l'enchaînement qui a conduit à la noyade de Jumaa al-Hasan — et la non-assistance à personne en danger qui a suivi.

La publication est reprise par l'AFP et obtient un large écho en France et à l'étranger. Dans la foulée, l'association Utopia 56 dépose plainte pour homicide involontaire. Le parquet de Dunkerque ouvre une information judiciaire et saisit l'IGPN. En l'espace de quelques jours, un drame frontalier devient une procédure judiciaire active, avec des investigations officielles en cours.

Au-delà du cas individuel, cette enquête marque un élargissement stratégique du champ d'action d'Index aux violences aux frontières. Le problème structurel de la politique migratoire française et européenne, habituellement traité par la statistique ou l'éditorial, devient concret, visible et contestable par le droit.

L'impact en un coup d'œil

  • Médiatique — Publication multilingue en partenariat avec Disclose (en français) et The New Arab (en anglais / en arabe). Reprise en dépêche par l'AFP. Large écho national et international.
  • Judiciaire — Plainte d'Utopia 56 pour homicide involontaire. Information judiciaire ouverte par le parquet de Dunkerque, saisine de l'IGPN.
  • Portée — Premier cas d'Index sur les violences aux frontières. Extension stratégique du champ d'action.

Les trois morts de Saint-Louis (Kanaky)

Au printemps 2024, la Kanaky/Nouvelle-Calédonie s'embrase contre un projet de réforme du corps électoral. À l'est de Nouméa, la tribu de Saint-Louis, fief indépendantiste, s'impose comme le dernier foyer actif de l'insurrection. Entre juillet et septembre 2024, trois hommes kanak — surnommés Banane, Samy et Johan — y sont abattus par des tirs du GIGN, groupe d'élite de la gendarmerie nationale.

En novembre 2024, l'équipe d'Index se rend sur le terrain. Elle recueille des dizaines de témoignages de proches, d'habitant·es de la tribu et d'acteurs de la négociation, collecte des documents et images inédits, et produit des relevés précis ainsi que des scans 3D des lieux. Pendant plusieurs mois, l'enquête est approfondie en partenariat avec Le Monde ; elle est publiée les 16, 17 et 18 juillet 2025 dans une série de trois articles interactifs, sous le titre « Les martyrs de Saint-Louis ».

Au-delà de circonstances de tir où les conditions de la légitime défense n'apparaissent pas réunies, l'enquête et ses ramifications exposent comment l'État français, à travers ses forces de gendarmerie, a eu recours à tous les moyens pour rétablir l'ordre à Saint-Louis. La série confère aux trois morts une visibilité sans précédent et les sort d'un traitement en fait divers sécuritaire périphérique.

Pour Index, il s'agit d'une première intervention sur le terrain kanak. À l'échelle d'un territoire, elle prolonge le principe qui fonde l'action d'Index : un cas singulier, minutieusement reconstitué, rend saisissable un problème structurel que la statistique ou le survol laissent abstrait — ici, la manière dont l'État français administre la force sur ses territoires ultramarins. Une administration où s'inscrit, par bien des aspects, la persistance d'un rapport colonial.

L'impact en un coup d'œil

  • Médiatique — Série en trois volets dans Le Monde (16, 17 et 18 juillet 2025) sous le titre « Les martyrs de Saint-Louis ».
  • Judiciaire — Enquêtes judiciaires en cours sur les trois décès.
  • Portée — Première intervention d'Index en Kanaky/Nouvelle-Calédonie. Prisme du recours aux moyens d'exception dans les territoires ultramarins.

L'attribution de la photographie « Napalm Girl »

En 2024, la VII Foundation sollicite Index pour une expertise indépendante sur l'une des photographies les plus célèbres de l'histoire : « Napalm Girl », prise le 8 juin 1972 lors d'une attaque au napalm sur le village de Trảng Bàng, et officiellement attribuée au photographe Nick Ut. La VII Foundation a recueilli des éléments qui contestent cette attribution au profit de Nguyễn Thành Nghệ, photographe vietnamien indépendant présent ce jour-là. Elle demande à Index d'en juger par l'expertise des images prises sur les lieux.

Le travail d'Index mobilise l'ensemble du matériel visuel de la scène — photographies de plusieurs journalistes présents, images de reportage télévisé, cartes et plans — pour reconstituer en trois dimensions la configuration exacte du lieu et la chorégraphie des photographes au moment où le cliché est pris. La modélisation permet de déterminer, à partir des positions relatives établies, qu'il est hautement improbable que Nick Ut soit l'auteur véritable de la photographie.

Au-delà de la question d'attribution, le cas est le prisme d'une dynamique plus vaste : celle de la confiscation systématique du travail des journalistes locaux dans les zones de guerre — vietnamiens, cambodgiens, afghans, palestiniens — au profit de correspondants étrangers.

L'enquête est au cœur du documentaire The Stringer, présenté à Sundance en janvier 2025 puis diffusé sur Netflix à partir de novembre 2025. Elle déclenche un débat mondial au cœur duquel on trouve la reconstitution d'Index — Washington Post, The Guardian, CNN, NPR, Time, The Wall Street Journal, Vanity Fair, Los Angeles Times, Variety en parlent largement. Le 26 juin 2025, le World Press Photo suspend l'attribution de la photographie à Nick Ut — une décision sans précédent sur une image aussi emblématique.

Cette enquête marque un tournant dans la reconnaissance internationale d'Index. Elle démontre que ses compétences en investigation numérique sont transposables à des enjeux historiques globaux, et positionne Index comme un acteur de référence bien au-delà du contexte français.

L'impact en un coup d'œil

  • Médiatique — Documentaire The Stringer diffusé à Sundance et sur Netflix, nommé pour 4 Emmy Awards. Reprise mondiale (Washington Post, The Guardian, CNN, NPR, Time, WSJ, etc.).
  • Institutionnel — Suspension par le World Press Photo de l'attribution de la photographie à Nick Ut (juin 2025).
  • Portée — Tournant de la reconnaissance internationale d'Index. Extension de la méthode aux enjeux historiques globaux.

Toutes nos enquêtes

Index poursuit ses enquêtes. Pour celles publiées après 2025, rendez-vous sur la page Enquêtes.

Au-delà des enquêtes : recherche, formation et rayonnement

Les outils de l'investigation numérique ne peuvent pas rester confinés à une poignée de spécialistes. Dès ses débuts, Index en a fait une conviction stratégique : innover, former, et diffuser ses méthodes dans la sphère publique sont des dimensions inséparables de son action. Cette section présente une sélection de nos interventions publiques sur la période 2020–2025.

Affiche du séminaire de recherche « Reality Check » (EUR ArTeC / ENSAD, 2024–2025)
Séminaire Reality Check, séance 1 — « Témoignages situés », avec Nick Masterton / Forensic Architecture (18 octobre 2024)
Séminaire Reality Check, séance 2 — « Du point de vue de la machine », avec Nicolas Gourault (29 novembre 2024)
Séminaire Reality Check, séance 6 — « Disputer le réel : réseaux neuronaux, espaces latents et datasets », avec Elsa Boyer (13 juin 2025)
Extrait de la session de témoignage situé pour l'enquête sur la noyade de Jumaa al-Hasan (2024)
Essais d'usage de la VR pour l'analyse du champ de vision subjectif (2024)

Recherche

Lancé en janvier 2024, Reality Check est le premier ancrage académique structuré de la méthode d'Index. Porté par Francesco Sebregondi, en partenariat avec deux laboratoires universitaires — Spatial Media / EnsadLab (École des Arts Décoratifs — PSL / avec François Garnier) et ESTCA (Université Paris 8 / avec Dork Zabunyan) —, le projet explore l'usage des médias immersifs dans les pratiques d'investigation et de vérification contemporaines.

Reality Check articule deux volets. D'une part, une démarche de recherche-création au sein du groupe Spatial Media développe des prototypes de dispositifs immersifs testés dans le cadre des enquêtes réelles d'Index. D'autre part, un séminaire de recherche sur deux ans (printemps 2024 – hiver 2025), organisé en collaboration avec l'ESTCA, réunit philosophes, historien·nes, cinéastes, artistes, chercheur·euses, modélisateur·rices 3D et fact-checkers pour examiner les régimes de visualité émergents à l'ère des médiations numériques. Parmi les invité·es : l'enquêteur Nick Masterton (Forensic Architecture), la chercheuse Claire Châtelet, le vidéaste Nicolas Gourault, ou l'autrice Elsa Boyer.

Démonstration de réalité virtuelle pour les enquêtes 3D, Fête de l'Humanité (septembre 2025)
Démonstration d'Index de l'usage de la réalité virtuelle pour les enquêtes 3D. Fête de l'humanité, 10–12 septembre 2025
Démonstration de réalité virtuelle pour les enquêtes 3D, Fête de l'Humanité (septembre 2025)
Démonstration de réalité virtuelle pour les enquêtes 3D, Fête de l'Humanité (septembre 2025)
Atelier d'initiation à l'enquête par l'image, séminaire SACRe — La Fémis (février 2025)
Atelier d'initiation à l'enquête par l'image, séminaire SACRe — La Fémis (février 2025)
Atelier au centre d'art Triangle-Astérides, Marseille (mai 2025)
Atelier au centre d'art Triangle-Astérides, Marseille (mai 2025)

Formation

Index transmet ses outils à celles et ceux qui en ont l'usage : étudiant·es, journalistes, militant·es, collectifs de terrain. Cette activité — déployée dans les locaux de collectifs militants, en universités, dans des centres culturels, en écoles d'art et d'architecture — a notamment pris la forme, depuis 2023, d'un programme d'initiation à l'investigation numérique, articulé en deux volets (analyse audiovisuelle et modélisation 3D), soutenu par la Guerrilla Foundation, et auquel ont participé plus de 150 personnes en ligne et en présentiel.

En 2025, ces ateliers ont notamment pris place à La Fémis, dans le cadre du séminaire doctoral SACRe (février), au centre d'art Triangle-Astérides à Marseille (mai), ou encore à la Fête de l'Humanité (septembre), où Index a proposé une démonstration publique de l'usage de la réalité virtuelle pour les enquêtes en 3D.

Conférence « Sur la trace des faits : architecture d'investigation et post-vérité », École d'architecture Paris-Malaquais (avril 2023)
« Counter-forensics: Responding to Police Violence », Nieuwe Instituut, Rotterdam (avril 2025)
Conférence « Witnessing Beyond Imaging », transmediale, Berlin (2023)

Conférences

Index articule son action à une pensée critique, en dialogue avec les réflexions et débats contemporains sur les violences d'État, les régimes d'image et la post-vérité. Festivals, universités, lieux d'art et de culture : autant d'arènes où l'équipe présente ses méthodes, expose ses cas, et confronte ses résultats à ceux d'autres chercheur·euses et praticien·nes.

Index est ainsi intervenu au festival transmediale de Berlin pour la conférence « Witnessing Beyond Imaging » (2023), à l'École d'architecture Paris-Malaquais autour de l'architecture d'investigation et de la post-vérité (2023), ou au Nieuwe Instituut de Rotterdam pour la rencontre « Counter-forensics: Responding to Police Violence » (2025).

« Éclairages », premier ouvrage publié par Index (2025)
Éclairages — pages intérieures (entretien avec Gwenola Ricordeau)
Éclairages est désormais distribué en librairie (2026)

Publications

Éclairages — 12 entretiens et analyses sur les violences d'État (2025) — Édité par Index (Filippo Ortona & Francesco Sebregondi) · 14 × 21 cm, 144 pages · Design : Émilie Ferrat (Espace Ness)

Premier ouvrage publié par l'ONG, Éclairages rassemble les entretiens et analyses réalisés par Index entre 2024 et 2025 pour exposer l'arrière-plan des affaires qu'elle documente. En donnant la parole à des sociologues, juristes, chercheur·euses, journalistes et militant·es, l'ensemble explore différentes formes de violences institutionnelles, les logiques discriminatoires qui les traversent, et les espaces où elles s'intensifient : quartiers populaires, outre-mer, zones frontières… Avec les contributions de Nour Abuzaid (Forensic Architecture), Matteo Bonaglia, Magda Boutros & Aline Daillère, Rémi Carayol, Thomas Chambon (Utopia 56), Retrace Investigations, Gwenola Ricordeau, Mathieu Rigouste et Sebastian Roché. Analyses par Marion Durand, Clara Menais et Éléna Roney pour Index.

Éclairages prolonge le travail d'enquête par un travail de réflexion critique : faire des cas singuliers que nous documentons les prismes d'une compréhension structurelle des violences d'État aujourd'hui.

« Violences policières : l'ONG qui fait le boulot de l'IGPN », <em>Blast</em> (décembre 2023)
« Tracks » (ARTE) : Violences policières, crimes de guerre : ces artistes révolutionnent les enquêtes (2025)
« Au sein du collectif Index, de jeunes architectes enquêtent sur les violences policières », Le Monde (janvier 2022)
« Face aux violences policières, la 3D au service de la vérité », L'Humanité (décembre 2023)
« On ne peut pas dissocier les violences policières de la question du racisme », AOC media (avril 2023)

Entretiens

Depuis 2021, Index a fait l'objet de nombreux portraits et entretiens dans la presse et les médias français.

À la télévision et à la radio, l'émission « Tracks » (ARTE, novembre 2025) consacre un reportage aux méthodes d'Index à partir de la reconstitution du tir mortel sur Nahel Merzouk — première inscription de notre travail dans une émission culturelle de référence. Index avait auparavant été l'invité de Blast, avec Denis Robert (« Zoom Arrière », décembre 2023), et de Radio Nova (« On fait ce que la justice ne fait pas, ou peu : des reconstitutions », septembre 2021).

L'action d'Index a par ailleurs été couverte par de nombreux articles et entretiens dans la presse écrite, parmi lesquels ceux du Monde (« Au sein du collectif Index, de jeunes architectes enquêtent sur les violences policières », janvier 2022), de L'Humanité (« Face aux violences policières, la 3D au service de la vérité », décembre 2023), d'AOC media (« On ne peut pas dissocier les violences policières de la question du racisme », avril 2023) et de la revue d'architectures (« Produire les images manquantes », novembre 2025).

Financement et soutiens

L'indépendance d'Index repose sur la diversité de ses ressources et sur la transparence de leur emploi. En cinq ans, l'organisation est passée d'un collectif bénévole à une structure salariée, sans jamais transiger sur le principe qui fonde son autorité : n'accepter aucun soutien assorti d'une contrepartie sur le contenu de ses travaux. Cette section retrace la trajectoire budgétaire d'Index, la composition de ses financements et l'emploi de ses ressources — et l'enjeu, décisif, de leur consolidation.

100 k€ 200 k€ 300 k€ 2021 25 k€ 2022 49 k€ 2023 64 k€ 2024 128 k€ 2025 275 k€
Budget annuel d'Index, 2021–2025

Un budget en hausse

En cinq ans, l'ensemble des budgets cumulés d'Index représente moins de 600 000 €. C'est avec ces moyens — modestes au regard de l'ampleur des affaires traitées — que l'organisation a mené 23 enquêtes, contribué à une vingtaine de procédures judiciaires, formé plus de 150 personnes et publié un premier ouvrage. La trajectoire budgétaire dessine une montée en charge contenue jusqu'en 2023, puis un net saut d'échelle en 2024–2025.

Le bond de 2024 à 2025 — un budget multiplié par 2 en un seul exercice — marque la bascule d'une structure portée par l'engagement bénévole vers une organisation salariée. Il résulte d'une conjonction favorable : l'obtention des premiers soutiens structurels pluriannuels de fondations, conjugués à plusieurs financements de projet ponctuels. Cette dynamique a permis de pérenniser des postes, d'élargir le champ des enquêtes et d'investir dans la recherche et la formation.

Cette croissance reste néanmoins fragile. Une large part des ressources de 2024–2025 provient de financements de projet, par nature non reconductibles. Tout l'enjeu des années 2026–2027 est de transformer cet élan en assise durable — en consolidant l'équipe salariée, en sécurisant des soutiens pluriannuels et en élargissant la base de donateur·rices. C'est à cette condition qu'Index pourra répondre au volume croissant de sollicitations qu'il ne peut, faute de moyens, honorer aujourd'hui : chaque nouveau soutien y contribue directement.

100 k€ 200 k€ 300 k€ 2021 2022 2023 2024 2025
  • Prestations de service
  • Soutien citoyen
  • Subventions (fondations)
Financement par source, 2021–2025

Trois piliers de financement

Depuis 2021, Index s'appuie sur trois sources de financement complémentaires, dont la répartition a évolué au fil des années.

Le premier pilier, philanthropique, structure le passage à l'échelle : en 2021, les fondations couvraient déjà 82 % des ressources, portées par le tout premier financement de la Fondation Un Monde Par Tous (17 000 €) ; en 2025, elles représentent 75 % des ressources (221 700 €), avec une diversité accrue de partenaires européens et internationaux.

Le deuxième pilier, le soutien citoyen, constitue le socle de notre indépendance. La première campagne de financement participatif d'Index, fin 2021, avait réuni 35 000 € auprès de près de 750 donateur·rices — preuve d'une demande sociale forte pour ce travail. Index combine depuis lors deux dynamiques : un appel permanent aux dons mensuels réguliers, qui forme le socle stable de sa base de soutien, et des campagnes plus ambitieuses tous les deux ans — 2021, 2023, 2025 — pour mobiliser largement autour de moments forts. Plus de 1 200 donateur·rices ont contribué depuis 2021, et l'objectif pour 2026 est de stabiliser une base de 25 000 € annuels en dons mensuels réguliers.

Le troisième pilier, les prestations d'expertise, s'est révélé durable. Présentes dès la première année d'exercice, les prestations rendues à des médias et des ONG — analyse, reconstitutions 3D, production vidéo — ont varié selon les années, mais leur montant brut dessine une trajectoire ascendante, de 3 700 € en 2021 à 35 717 € en 2025. Cette ressource reflète une demande croissante pour le savoir-faire d'Index et constitue un levier de pérennisation que l'organisation entend développer.

275 721 € dépenses 2025
  • Salaires + cotisations231 651 € · 84 %
  • Frais de fonctionnement25 836 € · 9 %
  • Expertises externes18 234 € · 7 %
Répartition des dépenses 2025

Répartition des dépenses

En 2025, la masse salariale — salaires, charges et rémunération des collaborateur·rices indépendant·es — représente 84 % des 275 721 € de dépenses. C'est le reflet d'un choix assumé : Index n'entretient aucune surcouche organisationnelle, aucun frais de structure démesuré. Chaque euro reçu finance directement celles et ceux qui enquêtent, modélisent en 3D, recoupent les sources, rédigent, animent des formations et portent ces travaux dans l'espace public et devant la justice.

Les 16 % restants couvrent les frais de fonctionnement — locaux, assurances, outils — et le recours ponctuel à des expertises externes (conseil juridique, comptabilité, gestion de paie). Cette structure de coûts, resserrée sur l'humain, est ce qui permet à une petite équipe de produire un impact sans commune mesure avec son budget. C'est précisément cet effet de levier que viennent soutenir celles et ceux qui financent Index.

Fondations partenaires

Index est une association à but strictement non lucratif. Les fondations et institutions suivantes ont rendu possible son action entre 2021 et 2025.

  • Fondation de France 2025–26 FR
  • Fonds Inkermann 2025–26 FR
  • Fondation Un Monde Par Tous 2021–2024 FR
  • European Media and Information Fund / Fondation Calouste Gulbenkian 2024–25 EU
  • Guerrilla Foundation 2023–24 EU
  • International Fact-Checking Network / Poynter Institute 2024 US
  • Lush Charity Pot 2023–24 EU
  • Fondation Amnesty International France 2025 FR
  • Fred Foundation 2024 EU

Indépendance et déontologie

L'autorité des travaux d'Index repose sur la rigueur de ses méthodes et l'intégrité de sa démarche. Les principes qui suivent encadrent l'ensemble de son activité d'enquête.

Indépendance éditoriale

La direction éditoriale, scientifique et méthodologique d'Index est entièrement entre les mains de l'équipe permanente, comme inscrit dans les statuts de l'association. Ni les financeurs, ni les membres du conseil d'administration ne peuvent influencer le choix des affaires sur lesquelles Index travaille, ni le contenu des rapports publiés. Cette indépendance est la condition même de la valeur de nos travaux : un rapport d'expertise versé au dossier d'une procédure ne peut peser que s'il émane d'une organisation libre de toute pression extérieure.

Rigueur, factualité, transparence

Tout ce qu'Index publie est vérifié, et conçu pour pouvoir être vérifié par d'autres. Chaque conclusion repose sur des éléments matériels — images, séquences vidéo, données spatiales, témoignages recoupés — dont l'origine et le traitement sont documentés. Aucune affirmation n'est avancée sans démonstration ; aucune démonstration n'est livrée sans les éléments qui la fondent.

Nos rapports n'exposent pas seulement leurs conclusions, mais aussi le chemin par lequel elles ont été établies : matériel mobilisé, étapes de traitement, hypothèses examinées, marges d'incertitude. Cette transparence est volontaire — elle ouvre nos travaux à la vérification extérieure : expertises adverses, contre-analyses indépendantes, ou simple inspection critique de tout lecteur attentif.

Protection des sources et des personnes

En complément des éléments matériels qui les fondent, les enquêtes d'Index s'appuient sur la parole de témoins, de victimes et de proches, souvent exposés à des risques judiciaires, professionnels ou physiques. Leur protection prime sur toute autre considération. Nous recueillons les témoignages avec le consentement éclairé des personnes, préservons leur anonymat lorsque leur sécurité l'exige, et sécurisons la collecte comme la conservation des données sensibles que nous traitons. La confidentialité des sources est une priorité absolue.

Méthodes héritées et partagées

Index s'inscrit dans une tradition d'investigation numérique pionnière, dont l'agence londonienne Forensic Architecture a posé les fondations. La proximité maintenue entre nos deux structures — par les liens d'équipe et les collaborations régulières — donne accès à un état de l'art en méthodes d'analyse et de modélisation. L'appartenance d'Index au réseau international Investigative Commons prolonge cet ancrage : avant publication, nos enquêtes les plus complexes font l'objet de relectures croisées par des pair·es du réseau, et nos savoir-faire circulent dans un échange continu entre structures membres.

Soutien aux victimes

Par principe, nos expertises sont produites à titre gracieux pour les victimes et leurs proches qui nous sollicitent. Dans les rares cas où nous demandons une participation financière — pour compenser un manque de ressources structurelles —, celle-ci ne conditionne en aucun cas la teneur du rapport. Le nombre de sollicitations dépassant largement notre capacité d'intervention, nous arbitrons selon plusieurs critères : la valeur ajoutée d'Index sur le cas, la gravité des faits, l'urgence des échéances judiciaires, les ressources dont nous disposons.

Objectivité engagée

Index assume un engagement sans ambiguïté : pour les faits, leur reconnaissance publique, et l'exercice de la justice qui doit en découler dans un État de droit. Son objet social est de concourir à la manifestation de la vérité dans des affaires où celle-ci se heurte à des intérêts de pouvoir. Cette orientation, loin de contredire l'exigence d'objectivité, l'impose. Organisation citoyenne sans autorité préalable reconnue, dont la légitimité auprès des institutions reste à construire, Index sait que chacun de ses rapports sera soumis à un examen approfondi — et engage à chaque publication l'ensemble de sa crédibilité. Cette tension entre engagement assumé et rigueur factuelle est ce qu'Eyal Weizman a nommé l'« objectivité engagée » : c'est elle qui structure notre méthode.

Équipe & gouvernance

Fin 2025, l'équipe permanente compte six membres, épaulés par d'ancien·nes collaborateur·rices et par divers·es contributeur·rices aux travaux de l'ONG.

  • Francesco Sebregondi Francesco Sebregondi Fondateur / Directeur
  • Nadav Joffe Nadav Joffe Enquêteur 3D
  • Guillaume Seyller Guillaume Seyller Enquêteur 3D
  • Basile Trouillet Basile Trouillet Monteur vidéo
  • Léonie Montjarret Léonie Montjarret Chargée de communication
  • Filippo Ortona Filippo Ortona Journaliste / JRI

Index Investigation est constituée en association loi 1901 déclarée en France. Le Conseil d'administration de l'association compte cinq membres :

Yessa Belkhodja
Militante décoloniale
Lucie Simon
Avocate au barreau de Paris
Kaoutar Harchi
Sociologue, écrivaine
Michel Feher
Philosophe, auteur
Mathieu Molard
Journaliste, rédacteur-en-chef de StreetPress

Reconnu comme service de presse en ligne par la CPPAP, Index est membre du Syndicat de la Presse Indépendante d'Information en Ligne (SPIIL) et du réseau international Investigative Commons.

Et maintenant ?

Cinq années d'enquêtes ont permis à Index de se forger une méthode, une équipe, un réseau d'allié·es et une crédibilité reconnue. Mais ces pages le montrent aussi : l'écart reste considérable entre ce que nous parvenons à faire et ce qui resterait à faire. Pour chaque enquête publiée, plusieurs sollicitations restent sans réponse, faute de ressources.

À l'heure où l'opacité institutionnelle se renforce et où la fabrication des récits devient le terrain d'une bataille politique majeure, l'investigation indépendante n'est pas un luxe : c'est une infrastructure démocratique. La consolider, l'étendre, la rendre durable, c'est l'enjeu des cinq prochaines années pour Index.

Pour cela, nous avons besoin de vous. Que vous soyez une fondation engagée sur les droits humains ou un·e donateur·rice individuel·le : soutenir Index, c'est rendre possible un travail que personne d'autre ne fait à notre place.

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