Mort par noyade de Steve Maia Caniço : reconstitution numérique
Publiée le
Mise à jour :
Dans la nuit du 21 au 22 juin 2019, lors de la Fête de la Musique à Nantes, Steve Maia Caniço, 24 ans, chute et se noie dans la Loire au cours d'une intervention de police sur le quai Wilson. Désigné comme expert indépendant, Index a remis à la justice une reconstitution vidéo de 59 minutes : il en ressort qu'il est fortement probable que le jeune homme ait été affecté par les gaz lacrymogènes au moment de sa chute.
- Date des faits
- Lieu des faits
- Nantes (France)
- Victime(s)
- Steve Maïa Caniço (homme, 24 ans)
- Conséquence(s)
- Décès
- Corps impliqué
- Police nationale, CSI / CDI, BAC
- Moyens employés
- Grenade lacrymogène, Bombe lacrymogène, Matraque
- Thème(s)
Dans les semaines qui suivent sa disparition, la nuit du 22 juin 2019, l'affaire Steve Maia Caniço prend une ampleur nationale : l'inscription « Où est Steve ? » se répand sur les murs de toute la France. Son corps est retrouvé dans la Loire le 29 juillet 2019. Sa mort soulève de nombreuses interrogations sur les méthodes de maintien de l'ordre déployées cette nuit-là et sur l'éventuelle responsabilité de la police.
En novembre 2021, le juge d'instruction en charge de l'affaire a désigné Index pour « réaliser une vidéo de reconstitution numérique » permettant une compréhension synthétique de l'incident. Le dossier judiciaire confié à Index comprenait plus de 4 600 pièces de procédure, 130 vidéos et 33 heures d'échanges radio et d'appels d'urgence. Index a croisé et synchronisé l'ensemble de ces sources — vidéosurveillance, vidéos tournées par des témoins, échanges radio, données de géolocalisation et témoignages — au sein d'une reconstitution en trois dimensions du quai Wilson et du déroulé de la nuit du 21 au 22 juin 2019.
Cette nuit-là, lors de la Fête de la Musique, dix sound systems étaient installés le long du quai, en bordure de Loire. Sur près de 250 mètres, sa partie est donnait directement sur le fleuve, sans aucune barrière de protection — l'eau se trouvant alors cinq à huit mètres en contrebas. Entre 4 h et 5 h du matin, une intervention de police, dirigée par le commissaire Grégoire Chassaing, visait à faire cesser la musique. Elle a dégénéré.
Au cœur de l'analyse d'Index : la dispersion des gaz lacrymogènes. En recoupant les images de vidéosurveillance, les vidéos de témoins et les données météorologiques, Index a reconstitué la formation et le déplacement des nuages de gaz sur le quai. Poussés par le vent vers la Loire, leurs effets se sont étendus bien au-delà de la zone d'exposition directe : plusieurs personnes situées à plus de cent mètres ont déclaré en avoir été incommodées, et une équipe de secouristes, postée à plus de 130 mètres de la scène, a dû se replier en urgence, incapable de voir ou de respirer.
L'expertise technique du téléphone de Steve Maia Caniço situe sa chute dans la Loire à 4 h 33 et 14 secondes. À cet instant précis, le nuage de gaz recouvrait le quai et une ligne de policiers progressait à une quinzaine de mètres du bord. Quatre autres personnes sont tombées à l'eau dans le même temps : toutes ont attribué leur chute aux effets du gaz — désorientation et perte de visibilité.
Croisées dans la reconstitution, ces données conduisent Index à une conclusion : il est fortement probable que Steve Maia Caniço ait été affecté par les gaz lacrymogènes au moment de sa chute. Et l'hypothèse d'un lien entre ces chutes — dont la sienne — et la progression des forces de l'ordre sur le quai ne peut être écartée.
Sept mois après sa mort, sur instruction préfectorale, toute la longueur du quai Wilson — propriété de l'État — a été clôturée.
Contexte judiciaire
Expert désigné dans une procédure judiciaire, Index est soumis au secret professionnel et ne peut pas publier l'intégralité de la reconstitution vidéo.
En octobre 2022, à la suite d'un recours en nullité déposé par les mis en examen, l'expertise d'Index a été annulée par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rennes, au motif d'un vice de forme dans l'ordonnance de mission.
Jugé pour homicide involontaire en juin 2024, le commissaire Grégoire Chassaing a été relaxé par le tribunal correctionnel de Rennes le 20 septembre 2024.
Pour en savoir plus, voir le dossier.