Date des faits
Lieu des faits
L'Île-Saint-Denis (France)
Victime(s)
Samir E. (homme)
Conséquence(s)
Blessure
Corps impliqué
Police nationale
Moyens employés
Coups
Francesco Sebregondi, Filippo Ortona, Basile Trouillet, Lorène Albin, Nadav Joffe Francesco Sebregondi Investigation, Coordination, Article Filippo Ortona Article Basile Trouillet Montage Lorène Albin Modélisation 3D Nadav Joffe Modélisation 3D

Mise à jour : notre analyse a désormais été versée à l'audience de la Cour d'appel de Paris qui a lieu ce 13 et 14 septembre 2023.

Dans la nuit du 25 au 26 avril 2020, à L’Île-Saint-Denis en banlieue parisienne, Samir E., 28 ans, saute dans la Seine pour tenter d'échapper à la police. Il est suspecté de vol dans un chantier ; l’affaire sera plus tard classée sans suite.

Vers 1h45, à sa sortie de l’eau, il est immédiatement interpellé par un groupe d’agents. Non loin de là, un habitant du quartier est alerté par les cris qu’il entend. À 1h56, il met en route un enregistreur sonore qu’il pose sur le muret de la cour de son domicile, devant lequel se sont garés plusieurs véhicules de police. Ce témoin filmera également la scène depuis sa fenêtre, sans se faire remarquer des agents en intervention.

D’abord publiés sur Twitter par le journaliste Taha Bouhafs sous la forme d’un montage vidéo de 2min20, ces enregistrements ont déclenché un tollé politique et médiatique – en particulier pour les injures à caractère raciste qu’on y entend. Depuis leur publication, Samir E. a porté plainte à l’encontre des policiers pour les violences qu’il dit avoir subi dès son interpellation, ainsi que sur le trajet jusqu’au commissariat. En janvier 2022, le tribunal de Bobigny a condamné six policiers à des peines allant de six à douze mois de prison, dont six mois ferme pour certains. Les enregistrements audio et vidéo du témoin de la scène – sur lesquels on entend les injures, mais aussi des bruits sourds, les cris de Samir E., et les éclats de rire des policiers, ont joué un rôle majeur dans cette décision de justice.

Dès la sortie de l’audience, cinq des six policiers condamnés ont annoncé leur intention de faire appel du jugement. Ils contestent les faits de violences pour lesquels ils ont été condamnés, et nient avoir portés des coups sur Samir E. Les cris que l’on entend sur les enregistrements auraient été dus à une crise de panique de l’interpellé.

À l’occasion de l’ouverture du procès en appel de cette affaire emblématique des violences policières – qui se tiendra à la Cour d’appel de Paris le 13 et 14 septembre 2023 – INDEX publie pour la première fois l’intégralité des enregistrements audio et vidéo du témoin de la scène. Présentée sous la forme d’une analyse au format vidéo, celle-ci inclue une retranscription de l’ensemble des mots qui sont distinctement audibles dans l’enregistrement audio, une fois celui-ci optimisé par réduction du bruit ambiant.

L’analyse intègre également une reconstitution 3D des conditions dans lesquelles Samir E. a été embarqué dans le fourgon de police, établie à partir des auditions des policiers et du plaignant lui-même. Menotté les mains dans le dos, sa capuche rabattue sur la tête par les policiers, Samir E. a été placé – ou jeté, d’après son témoignage – à même le sol du fourgon, sur son flanc gauche. Jusqu’à six policiers sont entrés avec lui dans le fourgon, dont trois qui l’ont maintenu au sol. Si la vidéo du témoin ne permet pas de voir ce qui s’est passé à l’intérieur du fourgon, l’enregistrement audio permet d’entendre une série de bruits sourds, les cris et les plaintes de Samir E., en même temps que les insultes que lui adressent les policiers et leurs nombreux éclats de rires.