Meurtre d'Olivio Gomes : le policier, condamné à 10 ans, libéré après deux mois de détention
Publiée le
Condamné le 27 mars 2026 à dix ans de réclusion criminelle pour le meurtre d'Olivio Gomes, l'ex-policier de la BAC de nuit de Paris Gilles Guilbert a été remis en liberté le 19 mai par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles, contre l'avis du parquet. Il aura passé moins de deux mois en détention.
Gilles Guilbert accompagné de son avocate à la sortie du tribunal de Versailles. Photo : Adja Traoré.
Le 19 mai 2026, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a ordonné la remise en liberté de Gilles Guilbert, ex-policier de la BAC de nuit de Paris (BAC 75N), condamné moins de deux mois plus tôt à dix ans de réclusion criminelle pour le meurtre d'Olivio Gomes. La décision a été rendue à la demande de la défense et contre les réquisitions du parquet. Elle intervient alors que la condamnation n'est pas définitive : Gilles Guilbert ayant interjeté appel dès le prononcé du verdict, son procès se rejouera devant la cour d'assises de Nanterre du 9 au 18 novembre 2026.
Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, Gilles Guilbert avait abattu Olivio Gomes, 28 ans, de trois coups de feu à bout portant, au pied de son domicile à Poissy. Le policier et ses deux collègues de la BAC 75N venaient de filer la Clio du jeune homme sur près de vingt kilomètres, hors de leur zone de compétence. Plus de cinq ans après les faits, à l'issue d'un procès aux assises des Yvelines, Gilles Guilbert est reconnu coupable de meurtre le 27 mars 2026 et condamné à dix ans de réclusion criminelle, assortis d'une interdiction définitive d'exercer toute fonction publique et d'une interdiction de port d'arme de quinze ans. La qualification de meurtre — retenue contre un policier en service — est rarissime en France.
Me Laurent-Franck Lienard, l'avocat de Gilles Guilbert, a annoncé la libération de son client le soir du 19 mai sur sa page Facebook publique. Il y indique avoir obtenu la décision « sur notre demande et malgré l'opposition du parquet », et appelle les policiers à soutenir Gilles Guilbert. Il y livre également une lecture du procès des assises : il décrit une salle d'audience qu'il dit avoir été « emmenée par Assa Traoré et la mère de Nahel Merzouk » et qui aurait, selon lui, exercé « une très forte pression sur les jurés » — une lecture qui met en cause l'impartialité du jury populaire dans une décision de cour d'assises.
L'arrêt d'une cour d'assises vaut titre de détention, même quand l'accusé fait appel. Les remises en liberté avant le procès en appel existent — la loi autorise la chambre de l'instruction à les accorder lorsqu'elle estime que rien ne justifie plus le maintien en détention — mais elles demeurent rares pour des faits criminels de cette gravité. Me Lienard présente d'ailleurs la décision comme « inédite ». Elle ne l'est pourtant pas tout à fait : le 27 mars 2026, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rennes avait déjà remis en liberté l'ex-CRS Rabah H., condamné deux mois et demi plus tôt à sept ans de réclusion par la cour criminelle de Loire-Atlantique pour le tir mortel qui avait coûté la vie à Aboubacar Fofana, 22 ans, à Nantes en 2018. Rabah H. était lui aussi défendu par le cabinet de Me Lienard.
Pour aller plus loin :
- Collectif Oliv'Vit Haut, représenté par Leonel Gomes, frère d'Olivio Gomes