Le 24 mai 1967, les ouvriers du bâtiment de la Guadeloupe entament une grève pour obtenir une augmentation salariale de 2,5 %. Le 26 mai, alors que les négociations se tiennent à la Chambre de commerce de Pointe-à-Pitre, une foule s'est massée sur la place de la Victoire. Vers 15h30, les forces de l'ordre — CRS et gendarmerie mobile — ouvrent le feu. Jacques Nestor, militant du Groupe d'organisation nationale de la Guadeloupe (GONG), est visé personnellement et tué. Les tirs, les rafles et la répression militaire se poursuivent toute la soirée dans les rues de Pointe-à-Pitre, puis le lendemain.

En 2016, la commission présidée par l'historien Benjamin Stora, missionnée par le ministère des Outre-mer, qualifie ces faits de « massacre […] ordonné sciemment sur le terrain et approuvé par le gouvernement sous la présidence du général de Gaulle ». Le bilan officiel établi en juin 1967 est de huit morts nommément identifiés. Un document interne du bureau d'études de la préfecture, retrouvé par les journalistes Xavier-Marie Bonnot et François-Xavier Guillerm, mentionnait dès l'époque vingt-deux morts. En 1985, le secrétaire d'État aux DOM-TOM Georges Lemoine avance publiquement le chiffre de 87 morts, sans en documenter l'origine. L'historien Jean-Pierre Sainton écrit en 2023 que le bilan officiel est « largement en dessous de la réalité ». La commission Stora n'a pu établir aucun « bilan humain incontestable » et constate que les archives ont été « dès le départ constituées en omettant de rapporter ce qui s'était effectivement passé ».

Cinquante-neuf ans après les faits, aucune information judiciaire n'a jamais été ouverte. Le 2 août 2023, l'association Anmwé 67, l'Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) — membres du Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) — et des familles de victimes ont déposé une plainte avec constitution de partie civile devant le parquet de Pointe-à-Pitre. Le dossier a été transféré au pôle « crimes contre l'humanité » du tribunal judiciaire de Paris. Selon le LKP, le dossier est ensuite revenu à Pointe-à-Pitre où il aurait été frappé d'une ordonnance de « refus d'informer en raison de la prescription ». L'UGTG et Anmwé 67 ont annoncé en parallèle un recours en responsabilité contre l'État pour son inaction depuis 1967.

À l'occasion du 59ᵉ anniversaire, des mobilisations sont organisées dans toute la Guadeloupe par les associations mémorielles, des historien·nes, des élu·es et des collectifs.

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