Le cas comme prisme

Notre méthode, héritée de Forensic Architecture et forgée par l'expérience, repose sur un principe : un cas singulier, minutieusement reconstitué dans toute sa complexité, rend saisissable un problème structurel que la statistique ou le survol laissent abstrait.

Les drames de personnes exilées noyées en tentant de traverser la Manche font régulièrement l'objet de brèves dans la presse, sans que l'attention publique ne s'y arrête durablement. Quand Index reconstitue en 3D la nuit de la mort de Jumaa al-Hasan, exilé syrien de 27 ans, en recueillant les témoignages de ceux qui étaient là, en montrant les responsabilités précises de la police en intervention ce soir-là — le problème structurel des violences aux frontières devient concret, visible, et inacceptable. L'AFP reprend l'enquête, une plainte est déposée, le parquet ouvre une information judiciaire et saisit l'IGPN.

Chaque enquête d'Index fonctionne ainsi : le cas individuel, parce qu'il restitue la texture du réel, devient un prisme à travers lequel une dynamique plus large peut être vue, comprise et saisie de manière bien plus claire que par un angle statistique ou surplombant. La mort de Nahel Merzouk est le prisme de la question des « refus d'obtempérer » et de l'usage létal des armes par la police. La photographie « Napalm Girl » est le prisme de la confiscation de l'histoire du Vietnam aux Vietnamiens par le système médiatique occidental. Les morts de Saint-Louis en Kanaky/Nouvelle-Calédonie sont le prisme d'un recours régulier aux moyens d'exception dans les territoires d'outre-mer.

La concentration sur le point critique

Avec une petite équipe et un budget modeste, Index ne peut pas couvrir large. Ce n'est d'ailleurs pas notre ambition. Nous concentrons nos ressources sur un point critique : le lieu exact où notre expertise en investigation numérique peut faire basculer la compréhension des faits.

Cette concentration n'est pas une contrainte subie mais une stratégie. Si nous parvenons à changer le cours d'une affaire, sa compréhension publique, son issue judiciaire — alors ce résultat devient une lueur d'espoir concrète pour toutes les situations comparables. Quand deux agents de la BAC de Stains sont condamnés pour des violences par arme à feu dans le cadre d'un « refus d'obtempérer » — comme c'est arrivé le 7 novembre 2024 au tribunal de Bobigny —, c'est une digue qui saute. Cela montre que la contre-expertise indépendante peut tenir tête aux mécanismes institutionnels qui ont tendance à garantir l'impunité des forces de l'ordre. Une seule décision change le champ des possibles pour toutes les familles engagées dans des combats similaires.

C'est en cela que notre impact est transformateur : chaque résultat concret — une condamnation, une mise en examen, l'effondrement d'une version officielle, la libération d'un accusé à tort — agit comme un catalyseur de changement en profondeur, bien au-delà du cas individuel.

Ancrage local, perspective globale

La stratégie d'Index, c'est de localiser et pérenniser en France les méthodes de l'investigation numérique, et de les déployer au sein d'un réseau d'acteurs mobilisés existants — comités de familles de victimes, collectifs de terrain, avocat·es, médias, ONG — avec qui nous construisons des relations sur le long terme.

Cet ancrage local n'empêche pas une portée internationale — il la nourrit. Chacun de nos cas français résonne avec des situations similaires partout dans le monde : violences policières, abus de pouvoir d'État, effacement des victimes. Issue de Forensic Architecture et membre du réseau Investigative Commons, Index s'inscrit dans une solidarité par-delà les frontières et projette ses méthodes dans d'autres contextes quand l'occasion se présente : en Kanaky/Nouvelle-Calédonie, en Italie, en Palestine occupée, aux États-Unis… L'enquête sur la photographie « Napalm Girl », au cœur d'un documentaire diffusé dans le monde entier sur Netflix, a considérablement accéléré cette reconnaissance internationale.