Napalm Girl : la reconstitution 3D d’Index dévoile la vérité sur la photographie
Dans le documentaire The Stringer qui paraît aujourd’hui sur Netflix, Index expertise l’une des photographies les plus iconiques du XXe siècle. Depuis 1972, ‘Napalm Girl’ est attribuée au photographe Nick Ut. Notre reconstitution numérique des circonstances de sa capture démontre que cette attribution est erronée.
Ce vendredi 28 novembre sort sur Netflix le documentaire The Stringer. Réalisé par Bao Nguyen et produit par la VII Foundation, le film enquête sur l’attribution de l’une des photographies les plus emblématiques de l’histoire du photojournalisme : The Terror of War, aussi connue sous le nom de Napalm girl (La Petite Fille au Napalm). Prise le 8 juin 1972 durant la guerre du Vietnam, l’image montre un groupe d’enfants, dont une petite fille de 9 ans (Kim Phuc), nue et gravement brûlée, fuyant une attaque au napalm du village vietnamien de Trảng Bang, bombardé par l’aviation sud-vietnamienne. Publiée par l’agence américaine Associated Press (AP), la photographie s’est retrouvée dès le lendemain des évènements en « une » de dizaines de journaux à travers le monde, et a depuis atteint le statut d’icône.
Depuis sa parution, Napalm Girl a toujours été créditée à Nick Ut, photographe vietnamien-américain de l’AP. Cette version des faits est aujourd’hui contredite par l’enquête présentée dans le documentaire The Stringer : en réalité, la photographie aurait été prise par Nguyen Thành Nghe, un « stringer » (pigiste local) qui aurait vendu sa pellicule au bureau de l’AP à Saigon pour 20 dollars.
Début 2024, l’équipe du film a sollicité Index pour réaliser une expertise indépendante afin de vérifier si Nick Ut a effectivement pu prendre la photo. En se basant sur des dizaines de clichés pris ce jour-là par les différents photographes présents sur les lieux, ainsi que des enregistrements filmiques et des images satellitaires historiques du site, Index a réalisé une reconstitution numérique de la dynamique qui précède et qui suit l’instant où la photo en question a été prise, dans un modèle 3D.
Notre analyse, intégrée sous la forme de séquence 3D commentée par notre équipe dans le documentaire, démontre qu’il est hautement improbable que Nick Ut ait pu prendre le cliché Napalm Girl.
Présenté en avant-première au festival américain de cinéma Sundance en janvier 2025, The Stringer, ainsi que notre expertise spécifiquement, ont déclenché une controverse majeure dans le monde du photojournalisme.
Le 6 mai 2025, Associated Press a publié un longue analyse sur « les affirmations autour de la photographie ‘The terror of war’ », en se penchant tout particulièrement sur notre analyse. Dans ce rapport, AP a révélé de nouvelles informations qu’Index a exploitées dans la version finale du film qui parait aujourd’hui, et qui renforce notre argument. Par ailleurs, l’analyse du négatif de la photographie présentée dans le rapport de l’AP conclut qu’« il est probable la photo ait été prise avec un appareil Pentax », ce qui contredit la version de Nick Ut, qui a toujours clamé avoir réalisé ce cliché avec un appareil Leica M2. Néanmoins, l’agence de presse américaine conclut son rapport en affirmant que « les preuves définitives demandées par les standards de l’AP pour changer l’attribution » de la photographie « ne sont pas réunies ».
Dans un rapport publié le 26 juin 2025, le World Press Photo (WPP) a publié sa propre investigation sur l’attribution de la photographie et sur l’analyse produite par Index (The Terror of War a gagné le World Press Photo of the Year Award en 1973). Ce rapport rejoint et confirme les conclusions d’Index ; à la suite de sa publication, le WPP a décidé de « suspendre officiellement l’attribution de The Terror of War à Nick Ut », car « le niveau de doute est trop important » quant à l’identité de l’auteur de la photo.
En septembre 2025, le photographe Tristan da Cunha a publié une étude complémentaire, en se penchant tout particulièrement sur la question de l’appareil qui aurait été utilisé pour prendre le cliché original. Selon da Cunha, « il est intenable de continuer à affirmer que Nick Ut est l’auteur de la photo Napalm Girl ».
À partir d’aujourd’hui, le documentaire est disponible sur Netflix, partout dans le monde.
Équipe
| INDEX | |
| Enquête | Nadav Joffe, Francesco Sebregondi |
| Modélisation 3D | Nadav Joffe Guillaume Seyller |
| Montage vidéo | Basile Trouillet |
| Coordination / voix off | Francesco Sebregondi |
| En partenariat avec | VII Foundation |
